Démarche

Comment est né Jazz Out

J'ai 37 ans et je vis en France. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu du jazz sans vraiment l'écouter — les bandes-sons de Cowboy Bebop, Samurai Champloo ou Kids on the Slope m'avaient marqué, et le film Ascenseur pour l'échafaud m'a poussé à écouter Miles Davis notamment. Adolescent, j'ai écouté du rock et du métal, puis de mes 17 à mes 22 ans, quasi exclusivement du hip-hop et beaucoup de jazz-rap.

Ma première vraie incursion dans le jazz s'est faite grâce à Treme, qui m'a fait découvrir le jazz de la Nouvelle-Orléans — Professor Longhair, Dr. John, Kermit Ruffins, Allen Toussaint, les brass bands. C'est une bonne porte d'entrée, l'écoute est facile et immédiate. J'en ai écouté quelques mois, puis j'ai remis le jazz de côté.

Deux ans plus tard, j'ai recommencé — Art Blakey & the Jazz Messengers, Chet Baker, Dave Brubeck, Miles Davis, Bill Evans. Rapidement, j'ai voulu explorer des artistes plus récents. À ce stade, ma connaissance du jazz contemporain se limitait à Norah Jones, Diana Krall et E.S.T.

C'est là que les choses se sont compliquées. Je ne savais pas par où commencer, ni ce que je voulais vraiment écouter. Je n'avais pas envie d'écouter des artistes modernes qui pratiquaient du hard bop — les légendes le font déjà très bien.

Le jazz ancien est assez documenté : on trouve facilement des repères, des points d'entrée, les grands mouvements. Le jazz contemporain, c'est une autre affaire. En grande partie parce que le jazz s'est mélangé à tellement d'autres styles qu'il n'existe plus vraiment de genre clairement défini ni de grand mouvement structurant comme avant. C'est d'ailleurs là toute sa force — cette capacité à s'adapter à son époque, à s'infiltrer dans d'autres styles et à en tirer parti : hip-hop, électro, rock, métal…

Quand j'ai commencé à chercher des conseils et des références sur le jazz contemporain, c'était flou. Soit je ne tombais pas sur des artistes qui me parlaient, soit les mêmes noms revenaient en boucle dans des tops finalement assez insipides. J'ai longtemps été perdu.

Cette démarche a pour but de combler ce vide, de manière très subjective.

Comment ça marche

J'ai voulu cartographier le jazz contemporain comme une galaxie composée de constellations. Ces constellations, c'est ma vision du jazz d'aujourd'hui. Je pense que chacun a sa propre vision et que tout le monde ne sera pas d'accord — mais si cela permet de faire découvrir quelques artistes et d'aider d'autres néophytes à entrer dans cet univers assez codifié, c'est tant mieux. C'est le genre de conseils que j'aurais aimé avoir pour mettre un premier pied dans le monde du jazz.

Je ne voulais pas faire un classement, parce qu'il n'y a pas d'artistes meilleurs ou moins bons. Certains artistes que j'ai choisis sont même très éloignés du jazz, si on prend pour référence les grands comme Miles Davis, Coltrane ou Monk. Mais c'est précisément là l'intérêt du jazz contemporain : il n'est pas une copie conforme du hard bop, du bebop ou du free jazz — c'est une musique hybride. Vous trouverez malgré tout des formations « classiques » de temps à autre.

Ce travail est le résultat de cinq ans d'écoute de jazz contemporain, qui a donné naissance à une playlist de 25 heures. Je ne suis pas grand fan des playlists et je ne l'ai jamais vraiment réécoutée — elle m'a surtout servi de matière pour réaliser ce travail.

Je considère que les albums proposent une expérience sonore unique, et que des morceaux écoutés seuls, hors de leur contexte, perdent en puissance. Les artistes construisent des albums avec des pochettes et un ordre d'écoute pensé pour faire ressentir quelque chose de précis à l'auditeur. Écouter un album partiellement, c'est un peu passer à côté de l'album.

À partir de cette playlist, j'ai organisé les artistes et les albums associés, les ai triés selon une logique et une homogénéité suffisantes pour proposer une expérience d'écoute cohérente. J'ai sélectionné uniquement des albums studio — il n'y a pas d'album live. J'ai écouté l'intégralité de la discographie de chacun de ces artistes, parfois à plusieurs reprises.

Pour chaque artiste, j'ai sélectionné un album de référence que j'ai commenté, avec l'année, le label, les musiciens et leurs instruments — tout n'est peut-être pas complet ou exhaustif et il peut y avoir des erreurs, je m'en excuse d'avance. J'ai également indiqué d'autres albums pour ceux qui souhaitent approfondir. J'ai nommé les constellations pour donner une idée globale des artistes qui s'y trouvent, même si ces noms restent assez peu précis — l'idée est simplement de donner une orientation générale sur le contenu de chaque constellation.

En espérant que chacun y trouvera ce qu'il cherche — et si cela lance des conversations intéressantes, tant mieux.